Projet Agir par l'imaginaire

Un projet de la Société Elizabeth Fry du Québec & Engrenage Noir LEVIER

 

Parmi les préoccupations de la Société Elizabeth Fry du Québec, il y a celle de l’exclusion sociale et la pauvreté des femmes judiciarisées. Il existe un effet  d’engrenage dans la pauvreté des femmes auprès desquelles œuvre notre organisme : des facteurs personnels et systémiques amènent les femmes à une situation de pauvreté; la pauvreté les pousse à la criminalité; et la criminalité les marginalise de nouveau et les appauvrit davantage.  Notre organisation a développé plusieurs services pour combattre ce phénomène et se tourne aujourd’hui vers la création artistique pour inviter les femmes à s’exprimer elles-mêmes sur le sujet et sensibiliser la communauté à cette réalité.

Depuis quelques années, des intervenantes de la Société Elizabeth Fry du Québec (SEFQ) explorent la création artistique avec les femmes judiciarisées, incarcérées ou dans la communauté, et constatent que les différentes activités offertes suscitent chez elles un intérêt prononcé. De l’art-thérapie aux ateliers de créativité, en passant par la danse contemporaine et des projections-débats de films documentaires, ces femmes ont su profiter de ces activités pour s’exprimer, se découvrir, se valoriser, apprendre, entreprendre, explorer.

Témoins de moments uniques et parfois très émouvants issus de la création des femmes, les intervenantes se sont unies avec le désir de rendre cette expérience publique et ainsi, sensibiliser la communauté à la réalité des personnes judiciarisées. Ces rencontres furent le germe d’un petit projet, Agir par l’imaginaire, devenu aujourd’hui une entreprise impliquant Engrenage Noir LEVIER, un organisme à but non lucratif à vocation artistique, une dizaine d’artistes, une centaine de femmes et des bailleurs de fonds aussi prestigieux que Condition féminine Canada, le Conseil des Arts du Canada, la Ville de Montréal, le Ministère de la Culture, Communications et Condition féminine, la Fondation du Grand Montréal, la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, la fondation Thérèse-Casgrain et la Fondation Solstice. Le projet est un véritable défi au niveau de la coordination des différents partenaires - participantes, artistes et institutions carcérales - qui s’orchestrent depuis l’été 2008.

Ce projet se situe dans la catégorie artistique que l’on nomme l’ « art communautaire » et qui se définit le plus souvent par un travail de cocréation entre un artiste et un groupe communautaire spécifique, dans ce cas des femmes ayant des démêlés avec la justice, dans le but de provoquer une réflexion, un échange, un débat, voire un changement social. Ce projet est une occasion d’aborder, par le biais de l’art, l’exclusion sociale des femmes incarcérées - et donc, leur appauvrissement - ainsi que de la criminalisation de la pauvreté. Un tel processus de cocréation implique une véritable préoccupation éthique dans  le partage, l’échange et l’engagement des femmes et des artistes invités. Le défi réside dans le travail de collaboration où le pouvoir décisionnel des collaborateurs est équitable et où, le consensus esthétique résulte en un produit final satisfaisant pour tous. Les créateurs ont pour mission de donner naissance à une œuvre pour la partager avec le public - qui à son tour y contribue en lui donnant un sens propre - en vue de provoquer une réflexion autour  de la nécessité du changement désiré.

Ainsi, Agir par l’imaginaire se manifeste sous trois volets : la création, la diffusion et le suivi des participantes. Dans un premier temps, des ateliers aussi variés que la vidéo, la photographie, le son, l’écriture et l’interprétation slam, la danse, la performance et le chant seront proposés à des femmes de la Maison Tanguay, de l’Établissement Joliette, de l’Institut Philippe-Pinel. La création se fait en étroite collaboration avec des artistes spécialisées dans les disciplines correspondantes qui ont été spécifiquement formés pour la mise en place de ce projet par l’organisme Engrenage Noir LEVIER. Le volet création devient le moment où on aborde et on réfléchi aux problématiques nommées ci-haut, mais également un espace où les actrices du projet développent (ou maintiennent) des habiletés - telles que le travail en équipe, la communication, l’affirmation de soi, l’estime de soi - directement en lien avec certain facteurs individuels pouvant mener à l’exclusion sociale, et ainsi, à la pauvreté.

 

Puisque le public devient partie prenante de la démarche, une exposition, non seulement des œuvres mais aussi - et surtout - du processus de création auquel auront participé les femmes et les artistes, sera mise en place. Elle se déroulera en deux temps : un événement inaugural et une série d’expositions dans différentes maisons de la culture à travers le Québec. L’événement inaugural sera également l’occasion de se réunir et d’échanger sur les problèmes systémiques reliés à l’incarcération des femmes et l’exclusion sociale de celles-ci. C’est pourquoi nous envisageons dès maintenant à intégrer à cette date une table ronde invitant le public, des professionnels du milieu, des universitaires, des artistes, des participantes et des ex-détenues En plus d’un espace de réflexion, le volet diffusion est, rappelons-le, une extension de la création, une occasion pour les femmes de rejoindre la communauté sur un terrain différent. Offrir un lieu d’exposition aux femmes judiciarisées, c’est symboliquement leur octroyer une place au sein de la société.

 

Toutes les femmes ayant participé à cette expérience seront invitées à garder contact avec la SEFQ dans l’année qui suivra leur atelier pour bénéficier de suivis individuels et en groupes donnés par une intervenante reliée au projet. La mission de cette dernière sera d’établir un plan d’intervention avec les participantes et de les accompagner à travers les objectifs qu’elles se seront fixés. Le but de cette démarche est de se servir de la création artistique comme levier dans la motivation des femmes, les faisant rebondir vers une démarche, potentiellement d’ordre socioprofessionnel.  Nous posons ici l’hypothèse qu’une expérience de création artistique peut avoir un effet incitatif sur les femmes et les encourager à se mobiliser pour vivre une vie plus satisfaisante. Tout comme le volet création du projet, ce suivi est une façon pour notre organisme d’intervenir dans certaines difficultés personnelles menant des femmes vers une situation de pauvreté.

Sans prétendre que l’art soit un moyen certain à la réinsertion des femmes judiciarisées, ni une solution aux problèmes systémiques reliés à leur incarcération, nous croyons sincèrement qu’il s’agit là d’un processus qui vaut la peine d’être exploré et qu’il aura une influence réelle et durable sur chaque acteur du projet, tout d’abord sur les femmes, mais aussi sur les artistes, la communauté, la Société Elizabeth Fry du Québec, Engrenage Noir LEVIER et nos partenaires. C’est pourquoi nous remercions chaleureusement tous ceux qui ont cru avec enthousiasme à ce projet pilote et qui se sont joints à nous pour les deux années à venir dans cette aventure tout à fait hors de l’ordinaire. 

 

 
 
 
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© Elizabeth Fry Quebec 2007
modifié le 18 septembre 2007