Quelques chiffres sur le travail du sexe
1. Quelle est la dimension de l’industrie du sexe?
Les données disponibles sur l’industrie du sexe sont plutôt maigres et ce, pour plusieurs raisons. Premièrement, la plupart des pratiques sont illégales ou au mieux marginales. Deuxièmement, les définitions de ce qui est inclus ou non sont très variables, la pornographie en étant le meilleur exemple. Et troisièmement, les pratiques fluctuent énormément: peu en font une occupation à plein temps, moins encore une carrière, les agences changent régulièrement leurs numéros de téléphone et adresses, et ainsi de suite.
2. De combien de personnes parle-t-on?
Évaluer le nombre de travailleuses et de travailleurs du sexe soulève les mêmes problèmes qu’évaluer la taille de l’industrie. Plusieurs études-terrain ayant été réalisées, il est toutefois possible d’en arriver à certaines estimations. Ainsi, Gemme (1993) suggère qu’on compterait environ 500 prostituées à Montréal (incluant la prostitution de rue, les agences d’escorte et de massage, et la danse nue). De ce nombre, environ 250 seraient des travailleuses de rue. (Là-dessus, un rapport écrit pour la ville de Toronto en 1983 estimait que les travailleuses de rue représentaient 20% de toutes les travailleuses du sexe). L’on estimerait à environ 150 le nombre de danseuses à Montréal. Dans toutes les études, les femmes forment la grande majorité des travailleuses et de travailleurs du sexe, généralement dans une proportion de 80%.
3. Qui sont les travailleuses du sexe?
Qu’il s’agisse des études menées en 1985 par le ministère de la Justice dans le cadre des travaux du Comité Fraser ou de celles de 1988 dans le cadre de l’évaluation de C-49, les données sur les caractéristiques socio-démographiques des travailleuses du sexe sont généralement similaires:
- Âge
l’âge moyen des prostituées varie entre 22 et 25 ans, et la majorité d’entre elles ont commencé leur carrière alors qu’elles avaient entre 16 et 20 ans.
- Sexe
les femmes sont la grande majorité des travailleuses du sexe, soit entre 67% et 90% selon les études. À Montréal, elles représentent 80% des prostituées (Shaver, 1993; Canada, 1985).
- Abus
les travailleuses du sexe rapportent davantage d’abus physiques (entre 40% et 65%) dans leur enfance, que d’abus sexuels (entre 28% et 44% selon les études). Les données concernant les abus sexuels subis durant l’enfance ne différencient pas significativement les prostituées des autres femmes canadiennes si l’on se fie aux données du Comité Badgley (Canada, 1984).
- Origine socio-économique
la plupart des travailleuses du sexe proviennent de milieux que l’on peut décrire comme confortables plutôt que de milieux pauvres. À un niveau plus personnel, l’étude de Shaver (1993) montre que 90% des femmes et 72% des hommes interviewés avaient un emploi avant de faire de la prostitution.
- Un choix
selon les études, entre 50% et 75% des femmes ont choisi la prostitution volontairement, et entre 50% et 70% sont autonomes et ne travaillent pas pour un souteneur. À Montréal, environ 60% des femmes sont autonomes (Shaver, 1993, Gemme, 1985).
4. Santé et sécurité au travail
- Souteneurs
répétons qu’environ 60% travaillent de manière autonome. Celles qui travaillent pour un souteneur sont généralement plus jeunes, auront terminé leurs études secondaires dans une proportion plus faible, et auront davantage tendance à cohabiter avec le souteneur. Elles travaillent aussi plus d’heures par jour et plus de jours par semaine (Shaver, 1995).
- Sécurité
les femmes rapportent plus d’agressions physiques et sexuelles que les hommes, et ont aussi plus de probabilités d’être victimes de vols et d’être arrêtées par la police. Dans l’étude de Shaver (1993), 46% des femmes rapportaient avoir été victimes d’agression sexuelle au cours de l’année précédente et 73%, d’agression physique. Par ailleurs, Lowman rapporte que, depuis 1988, 47 femmes prostituées auraient été assassinées, en faisant l’un des groupes les plus à risque.
- VIH-SIDA
les femmes ont des pratiques sexuelles plus sécuritaires que les hommes et que la population en général. Shaver (1995) rapporte que, au cours de leur travail, 100% des femmes utilisent un condom lors de chaque transaction, comparativement à 48% des femmes d’un échantillon étudiant au collège. De même, elles font plus régulièrement les tests VIH et leur taux de prévalence du virus n’est pas significativement plus élevé que celui de la population générale (sur cette question, voir: Bastow, K., (1996) "Prostitution and VIH-AIDS", Canadian HIV-AIDS Policy and Law Newsletter, vol.2, n° 2).
- Drogues
les données recueillies par Shaver (1995) montrent que les femmes utilisent moins de drogues dures que les hommes (7% vs 50%) et qu’elles ont moins tendance à être sous l’effet de drogues lorsqu’elles travaillent que les hommes (10% vs 60%).
- Arrestations
les femmes prostituées seront arrêtées en moyenne 1,37 fois par année, comparativement à 0,37 fois pour les hommes. Entre 1986 et 1991, on a procédé à 6493 arrestations de prostituées contre 1746 arrestations de prostitués. La majorité des sentences sont des amendes, en moyenne 287 $ pour le client et 301 $ pour la prostituée (lors de la première infraction) (Gemme, 1993).
- Santé
les travailleuses du sexe rapportent des problèmes de santé similaires à ceux des autres femmes œuvrant dans le secteur des services humains: stress, travail répétitif ennuyant, problèmes physiques associés à la position debout et au travail de quart, etc. (Shaver, 1995)
Sources:
Canada (1985) Rapport du Comité spécial d’étude sur la pornographie et la prostitution, Ottawa: Approvisionnements et Services, 2 vols.
Gemme, R., et al., (1985) Rapport sur la prostitution au Québec, Ottawa: ministère de la Justice.
Gemme, R., et al., (1989) La prostitution de rue: effets de la loi, Montréal, Québec, Trois-Rivières, Ottawa: ministère de la Justice.
Gemme, R., et al., (1993) "Évaluation de la répression de la prostitution de rue à Montréal de 1970 à 1991", revue Sexologique, vol. 1, no. 2.
Shaver, F., (1993) "Prostitution: A Female Crime?" in Adelberg, E. et C. Currie, (eds.) in Conflict with the Law, Women and the Canadian Justice System, Vancouver: Press Gang Publishers.
Shaver, F., (1995) "Occupational Health and Safety on the Dark Side of the Service Industry" in Fleming, T., (éd.) Post-Critical Criminology, Scarborough: Prentice Hall.