Des crimes et des femmes Automne 1997

Ces mères qui tuent!

Depuis quelque temps, nous sommes témoins de nombreux cas de mères qui tuent leurs enfants. À chaque fois, ces situations provoquent en nous de vives émotions.

Selon Statistique Canada, en 1993, 16 des 497 homicidés, soit 3%, impliqueraient des mères et leurs enfants. Au Québec, entre 1981 et 1991, il y a eu 49 cas.

Les cliniciens qui traitent ces femmes reconnaissent qu’il y a une grande souffrance chez ces mères. Le meurtre de l’enfant ne fait qu’ajouter à la douleur.

Malgré les croyances populaires, toutes ces femmes ne souffrent pas de troubles mentaux. Seulement 30% connaissent une perte de contact avec la réalité. Les autres souffrent plutôt de problèmes de la personnalité. Elles ont un passé marqué de difficultés relationnelles et de dépendance affective. Ces difficultés provoquent chez elles de l’hostilité envers l’autre et du repli sur soi. Si nous ajoutons à cet isolement le fait qu’une forte proportion de ces femmes sont monoparentales, nous avons là le portrait de femmes vulnérables.

Les spécialistes s’entendent pour dire que, chez plusieurs femmes, le malaise qu’elles vivent les amène à croire qu’on leur veut du mal, à elles et à leurs enfants. Elles craignent d’être séparées de leurs enfants et en viennent à croire que mourir avec eux est la seule solution.

En raison de leur isolement, ces femmes reportent sur leurs enfants toute leur affection, et l’idée d’en être séparées est inconcevable. Que ce soit l’abandon par le mari, la peur de la DPJ, le père qui réclame la garde de l’enfant, toutes ces situations peuvent déclencher le drame parce qu’elles mettent en péril leur identité de mère et celle de leurs enfants qui souffriront d’être séparés d’elles.

Ces femmes tuent leurs enfants pour leur épargner la souffrance. La plupart de ces femmes veulent mourir avec leurs enfants. Certaines réussissent leur suicide, alors que d’autres le ratent.

Le coroner en chef du Québec déclarait récemment qu’il ferait enquête pour évaluer la qualité des interventions faites auprès de ces femmes. Comment ont-elles été aidées? Étant donné la perception qu’elles ont d’un système qui leur veut du mal, il y a lieu de voir si les interventions ont été menaçantes. Par exemple, quand une femme en difficulté se fait «offrir» le placement de son enfant, il y a de fortes probabilités qu’elle se sente menacée plutôt qu’aidée.

Il semble que, comme société, nous ne réussissions qu’à ajouter un drame à l’autre. Pendant ce temps, d’autres mères crient déjà au secours.

La prison est-elle la meilleure place pour les traiter? Et que dire du fait que l’on sentence ces femmes pour meurtre, un crime encourant une peine minimale très lourde, alors que des viols collectifs et des viols d’enfants dans des arénas méritent des sentences beaucoup plus faibles? Il en va de même pour le suicide assisté, le meurtre par compassion... Plusieurs réclament que l’on traite différemment les meurtres par compassion et que l’on reconnaisse que, pour certains parents désespérés face à la souffrance d’un malade, d’un infirme, d’un enfant, confier leurs proches à l’État, parce qu’ils n’en peuvent plus, n’est pas une solution à la souffrance.