| Femmes en prison | Automne 1998 |
Doù il vient Le Service daide à la Cour existe depuis plus de dix ans. Il a
fonctionné avec plusieurs bénévoles, coordonnées par une criminologue, qui offraient
leur soutien et leurs conseils aux femmes qui devaient passer en Cour, aux palais de
justice de Montréal et de Longueuil. Ces services étaient nécessaires puisquils
permettaient aux femmes de se sentir moins isolées dans le système judiciaire et
den comprendre un peu mieux les méandres. Pourquoi changer? Aux cours des années, la Société Elizabeth Fry du Québec qui est en
contact avec les femmes prévenues ou détenues à Tanguay (provincial) ainsi que les
détenues de Joliette (fédéral) sest rendu compte que plusieurs des interrogations
de ces femmes, tant pour leurs dossiers criminels que pour les questions touchant
dautres aspects de leur vie, nétaient pas prises en considération. Or, ce
nest pas parce quune femme est en contact avec le système de justice pénale
que les aspects juridiques de son existence cessent de lui importer. Au contraire! Malheureusement, parce que la clientèle féminine est souvent démunie
sur le plan financier, il lui est difficile de trouver laide dont elle a besoin
quand elle se retrouve incarcérée. De plus, constituant une proportion peu importante de
la population carcérale, les services qui sont offerts aux femmes sont moindres que ceux
auxquels peuvent avoir accès les hommes. En outre, dans un contexte de compressions
budgétaires, les organismes sans but lucratif sont dans lobligation de pallier les
lacunes des gouvernements pour sassurer que les clientèles quils desservent
continuent de voir respecté lensemble de leurs droits. Dautre part, comme le fait lAssociation canadienne des
Sociétés Elizabeth Fry, il importe de promouvoir davantage la spécificité des
questions liées aux femmes aux prises avec le système de justice pénale. En effet, un
rôle de défense sociale échoit aussi à la Société et elle se doit de le remplir pour
faire avancer le débat sur les questions touchant les femmes. Ainsi, des développements
importants, notamment en matière de légitime défense, ont eu lieu au cours des
dernières années indiquant tant les possibilités qui existent que le chemin quil
reste à parcourir. Pour y parvenir, il importe que la Société soit un partenaire qui
compte dans le système judiciaire, que sa voix sy fasse entendre et quelle en
soit respectée. Finalement, pour que le mandat que se donne la Société puisse être
rempli, il faut quelle réussisse à rejoindre les femmes susceptibles davoir
besoin de ses services. Quand ces dernières ont été sentencées ou quelles sont
détenues préventivement, cela cause peu de problème puisquelles sont entre quatre
murs. Mais que faire pour celles qui en sont à leur première expérience avec le
système judiciaire et qui ne connaissent pas lexistence de la Société, celles qui
pourraient éviter de se retrouver avec un casier judiciaire si elles connaissaient les
services offerts et sen prévalaient? Cest en constatant cet état de fait que la Société a décidé
de modifier son Service daide à la Cour pour satisfaire les besoins des femmes en
contact avec le système judiciaire et ce, quelque soit létape où elles en sont
rendues dans ce système. Elle a choisi de retenir les services dune avocate, la
soussignée, en lui confiant le mandat de répondre aux besoins quelle avait déjà
identifiés ainsi quà ceux qui pourraient se manifester. Les besoins déjà identifiés Parmi les besoins identifiés par la Société, on en répertorie
plusieurs qui feront partie du mandat qui mest confié : sassurer de connaître les besoins des femmes dès
quelles sont en contact avec le système judiciaire; vérifier que lensemble des femmes déjà incarcérées aient
trouvé réponse à leurs demandes sinon, le cas échéant, sassurer quune
réponse leur soit fournie; développer un réseau davocats prêts à assurer la défense
des femmes, particulièrement lorsquelles font face 1) à une première sentence ou
2) à une lourde sentence, avocats qui seront sensibilisés aux questions des femmes dans
le système de justice pénale; établir un centre de référence jurisprudentielle sur les questions
pouvant toucher plus spécifiquement les femmes, dans le but doffrir un support aux
avocats faisant partie du réseau établi; faire connaître ce nouveau service de la Société Elizabeth Fry au
système judiciaire et aux organismes partenaires de la Société et sassurer que sa
spécificité soit reconnue au niveau du système judiciaire. Conclusion Comme ces quelques lignes ont permis de le constater, la réorientation
du Service daide à la Cour vise à offrir un support juridique efficient à toutes
les femmes en contact avec le système de justice pénale. Dans cette optique, il
constitue un projet nouveau qui pourra évoluer au fur et à mesure que les besoins se
manifesteront. Par ailleurs, pour ne pas réinventer la roue, tout ce qui existe déjà
sera pris en considération car lobjectif est daméliorer les serices offerts
aux femmes en matière juridique. Finalement, il importe que lensemble du système
judiciaire réalise quil existe une distinction entre les hommes et les femmes qui
posent des gestes répréhensibles et que «égalité ne signifie pas automatiquement
équité». Ainsi, on ne peut pas simplement référer les femmes à ce qui existe pour
les hommes, il faut sassurer de répondre à leurs besoins spécifiques. Et pour
cela, le concours de tous est nécessaire.