| Femmes en prison | Automne 1999 |
Le 29 juin dernier, la cour d'appel de l'Alberta a renversé la décision
du 17 novembre 1994 dans le dossier de Lisa Neve, cette jeune femme autochtone
devenue la troisième femme au Canada à recevoir une désignation
de « criminel dangereux ».
Elle avait 21 ans à l'époque et cette étiquette faisait d'elle
la femme la plus dangereuse au Canada, ce qui lui a valu une sentence de prison
à durée indéterminée.
Avant elle, deux autres femmes ont été étiquetées
« criminel dangereux ». La première s'est suicidée
à la prison de Kingston, et la deuxième a obtenu que la Cour renverse
la décision en appel.
À cause de son statut de « criminel dangereux », Lisa Neve
a passé plus de six années et demie incarcérée dans
des conditions les plus sévères et les plus restrictives au Canada.
Cette désignation lui a valu une surpénalisation et des souffrances
injustifiées. Elle n'avait tué personne, mais ceux qui ont réclamé
pour elle l'étiquette de « criminel dangereux » n'ont pas
hésité à la traiter sur le même pied que les hommes
les plus dangereux qui portent cette étiquette.
L'Association Canadienne des Sociétés Elizabeth Fry et la Société
Elizabeth Fry du Québec applaudissent la décision. Nous avons
depuis le début assisté Lisa Neve dans ses efforts pour faire
renverser son statut de « criminel dangereux ». Nous espérons
que ce cas évitera à d'autres femmes de subir le même sort.
Le public en général est outré d'entendre que le système
judiciaire commet des erreurs. Pensons à Guy Paul Morin et à David
Milgaard si ardemment défendu par sa mère Joyce.
La situation de Lisa Neve, bien qu'il ne s'agisse pas d'une personne injustement
condamnée, est encore une fois un reflet de limportance de veiller
au sort réservé aux personnes incarcérées.
Il y a incarcération et incarcération
Quand des personnes incarcérées sont soumises à des conditions
de détention excessives, à de l'isolement, à de la ségrégation,
nous devons nous préoccuper de leur sort.
Enfin, il faudrait maintenant savoir comment il est possible qu'en ce pays une
jeune femme, qui n'a pas tué, ait pu se retrouver associée aux pires
criminels. Qui a commis cet excès et comment se fait-il que cela se soit
produit ?