| Femmes en prison | Automne 1999 |
par Nathalie Duhamel
Le solliciteur général du Canada, Laurence MacAulay, a annoncé
le 3 septembre 1999 que les femmes classées à sécurité
maximale et présentement incarcérées dans des unités
au sein d'établissements pour hommes seront réintégrées
dans lesétablissements régionaux pour femmes.
La fameuse prison pour femmes de Kingston sera enfin fermée!
La mesure prendra deux ans à réaliser parce qu'elle implique des
travaux et des réaménagements.
Ces femmes seront détenues dans un secteur qui leur sera propre, avec leur
cour, mais à l'intérieur du périmètre actuel.
On prévoit également construire une unité particulière
pour les femmes qui ont des problèmes de santé mentale. Du personnel
et une approche spécialisée sont prévus pour ces femmes aux
besoins spéciaux.
Selon le ministre, ces nouveaux arrangements coûteront moins cher que la
situation actuelle, soit une économie de 2,3 millions de dollars.
La stratégie, appelée Stratégie d'intervention intensive,
permettra de créer des unités à encadrement renforcé
et des unités d'habitation à environnement structuré dans
les établissements régionaux pour femmes existants à Truro
(Nouvelle-Écosse), à Joliette (Québec), à Kitchener
(Ontario), à Edmonton (Alberta), pour y recevoir les femmes qui sont classées
au niveau de sécurité maximale et celles qui ont de grands besoins
en santé mentale.
Les services de soutien et d'administration seront communs, mais chaque unité
fonctionnera de façon distincte du reste de l'établissement et disposera
de ses propres secteurs de programmes. Les déplacements des détenues
à l'extérieur de l'unité se feront sous la surveillance de
membres du personnel. Les femmes à sécurité maximale auront
accès aux autres secteurs de l'établissement selon des horaires
différents. De cette manière, elles seront séparées,
comme il convient, des femmes à sécurité minimale ou moyenne.
Les unités pour femmes au sein d'établissements pour hommes sont
actuellement situées dans l'établissement de Springhill, à
Springhill (Nouvelle-Écosse), au Centre régional de réception,
à Sainte-Anne-des-Plaines (Québec), au pénitencier de la
Saskatchewan, à Prince Albert (Saskatche- wan).
Pourquoi le SCC procède-t-il ainsi?
Entre 1995 et 1997, le Service correctionnel du Canada a ouvert des établissements
régionaux pour femmes. Ces nouveaux établissements lui ont permis
d'atteindre l'objectif essentiel d'instaurer un régime correctionnel plus
équitable et mieux adapté aux besoins des femmes incarcérées
au Canada.
Dès 1996, des problèmes de gestion des femmes se sont posés.
D'abord l'application de la grille d'évaluation du risque en vue du classement
des détenues a vu le nombre de femmes classées à un niveau
maximal atteindre des résultats inégaux et excessifs dans certaines
régions. Certains événements à Edmonton sont venus
renforcer une tendance au sein du SCC à leffet que les femmes classées
à sécurité maximale ne pouvaient être gérées
dans les établissements régionaux.
On a donc créé des unités spéciales dans des pénitenciers
pour hommes.
Cependant, la Commission canadienne des droits de la personne, l'enquêteur
correctionnel et divers groupes de femmes, dont l'Association canadienne des Sociétés
Elizabeth Fry, ont critiqué le placement des femmes classées à
un niveau de sécurité maximale dans des établissements pour
hommes. De plus, le SCC a dû faire face à un recours juridique par
les détenues.
Lannonce de cette nouvelle orientation permet de remplir l'engagement
qu'a pris le SCC d'élaborer une stratégie nationale pour les femmes
à risque et à besoins élevés et de mettre fin à
la pratique consistant à les placer dans des établissementspour
hommes. Il semble que lon soit parvenu à la conclusion que les
femmes en question pouvaient être gérées avec succès
dans les prisons régionales et que cela leur offrirait de meilleures
chances d'intégration dans la partie à encadrement moins structuré
de chaque établissement. Elle permet également au gouvernement
de tenir son engagement de fermer la Prison des femmes de Kingston comme il
était recommandé, en 1990, dans le rapport du groupe d'étude
fédéral intitulé La Création de choix.
Une ombre au tableau : cette stratégie entraînera la construction
de places supplémentaires et le renforcement sécuritaire des établissements
régionaux. Le scénario dajouter une unité santé-mentale
sur le site amputera le terrain actuellement disponible à la circulation
de toutes les femmes. Il y aura donc un impact négatif sur les conditions
dincarcération des autres femmes. De plus, la stratégie actuelle
ne prévoit aucun changement pour les femmes à sécurité
minimum. Les Sociétés Elizabeth Fry avaient demandé que toute
nouvelle construction porte plutôt sur des unités minimales à
construire à l'extérieur des périmètres actuels pour
permettre une égalité de traitement face aux hommes classés
à un niveau minimal.
Malgré une certaine réserve et l'inconnu quant à la réalisation
de ce plan à Joliette même, la SEFQ salue ce changement. Dans les
semaines qui suivront, nous tenterons dinfluencer la mise en oeuvre dans
le sens du meilleur intérêt des femmes.