Femmes en prison Printemps 1998

Pavillon de ressourcement Okimaw Ohci, Maple Creek

Par Norma Green.
Article tiré de Entrenous, octobre 1997, p. 11

Dans son rapport intitulé La création de choix publié en 1990, le Groupe d’étude sur les femmes purgeant une peine fédérale soulignait à son tour la nécessité de mettre sur pied des programmes et des services expressément conçus pour les femmes autochtones, car celles-ci étaient aux prises avec la double difficulté d’être séparée de leur communauté et coupées de leur culture.

Les femmes autochtones sont sur-représentées dans la population de délinquantes sous responsabilité fédérale. Elles représentent environ 15 % de cette population, alors qu’elles ne constituent que 3 % de la population féminine au Canada. Dans les établissements du Service correctionnel du Canada, la proportion de délinquantes ayant été victimes de violence physique ou sexuelle par le passé est plus élevée chez les autochtones. La consommation de substances intoxicantes, surtout l’alcool, est un autre facteur des démêlés des femmes autochtones avec la justice. Mentionnons aussi que le taux de mise en liberté est plus faible chez les délinquants autochtones - hommes comme femmes - que chez les autres.

Raison d’être d’un pavillon de ressourcement

Le pavillon de ressourcement a été construit pour répondre aux besoins divers et particuliers des femmes autochtones. La conception de l’établissement a été guidée par les principes suivants :

Structure de l’établissement

Okimaw Ohci (qui signifie collines du tonnerre en cri) est un établissement de 29 places qui est situé sur un terrain de 160 âcres dans la réserve de Nekaneet, à l’extérieur de Maple Creek en Saskatchewan. C’est en novembre 1995 qu’on y a installé un premier groupe de femmes (que nous appelons résidentes). Cet établissement pour délinquantes dites à sécurité minimale ou moyenne accueille également les femmes non autochtones qui souhaitent expérimenter le mode de vie holistique traditionnellement pratiqué par les Autochtones.

Il existe des liens étroits entre le dessin de l’établissement, le plan opérationnel et le personnel ; ces liens innovateurs sont clairement inspirés de la philosophie autochtone. La forme circulaire de l’établissement et son emplacement dans les collines du tonnerre sacrées au sud-ouest de la Saskatchewan constituent des éléments indispensables à l’amorce d’une guérison holistique.

Le type de logement choisi (pavillons résidentiels de deux ou trois chambres) et le cadre rural assurent aux délinquantes l’intimité nécessaire au processus de guérison, tandis que des aires communes, comme la cuisine et la salle à manger des pavillons, les salles où se donnent les programmes et le pavillon en forme de tipi réservé aux pratiques spirituelles, leur permettent d’avoir des rapports avec les autres. La nature étant un élément important du processus de guérison et de la culture autochtone, les pavillons résidentiels donnent sur les bois. Les membres du personnel ont été expressément choisis pour leur capacité d’assurer un milieu sécuritaire, de soutenir les femmes, de les guider par des enseignements en leur servant de modèle, d’appliquer des stratégies d’intervention adaptées aux autochtones et de maintenir un mode de vie holistique.

Notre priorité : la guérison

Au pavillon de ressourcement, les efforts sont concentrés sur le processus de guérison, lequel est fondé sur :

Services fournis par des Aînées

Des Aînées sont disponibles 24 heures par jour. Certaines Aînées viennent de la localité, d’autres viennent de l’extérieur et habitent alors dans un pavillon de l’établissement qui leur est réservé. Il y a une rotation toutes les trois semaines environ. Les Aînées donnent des enseignements culturels aux femmes et les guident, notamment dans leur cheminement spirituel. On organise des fêtes ainsi que des cérémonies de suerie et de guérison quand les femmes en sentent le besoin ; il y a aussi les jeûnes/ quêtes de la vision et les cérémonies où des enfants se voient attribuer un nom. En outre, plusieurs résidentes participent à la préparation et à l’exécution de Danses du Soleil dans la réserve de Nekaneet.

Étant donné que les résidentes appartiennent à diverses nations, nous utilisons les services d’Aînées de nombreuses tribus. Chaque tribu transmet ses enseignements et ses pratiques spirituelles propres, mais un message est commun à toutes: le respect des autres nations.

Médiation et résolution des conflits

La vie au pavillon Okimaw Ohci ne va pas sans heurts. Les résidentes présentent généralement peu de risque, mais des besoins importants. Nous réglons les conflits au moyen de cercles de la parole auxquels assistent des Aînées et des membres du personnel. Les problèmes sont ainsi discutés dans une rassurante atmosphère de bienveillance avant qu’ils ne dégénèrent en crises. Les femmes sont tenues d’assumer les conséquences de leurs actes, le plus souvent en réparant le tort causé au groupe et en apprenant à régler les conflits d’une manière positive.

Une journée type au pavillon de ressourcement

Nous mettons l’accent sur la spiritualité, considérée comme un aspect important de la guérison holistique. Aussi la journée débute-t-elle au pavillon de spiritualité, par un rituel consistant à s’enduire de la fumée de foin d’odeur, de sauge et de cèdre, suivi d’une récitation de prières par une Aînée ou une guérisseuse, puis d’un cercle de la parole. Nous passons parfois jusqu’à deux heures dans ce pavillon. Le cercle de la parole, auquel participent les Aînées, les résidentes et le personnel, permet à chacun d’exprimer sans crainte ses sentiments et ses rêves, et c’est souvent lors de cette rencontre que les problèmes se règlent.

Ensuite, comme dans tout autre établissement, les délinquantes exécutent des tâches ou suivent des programmes. Un large éventail de programmes sont offerts, dont les programmes de base. Ils sont adaptés à une clientèle féminine et autochtone et, dans la mesure du possible, ils sont donnés par des autochtones. L’Aînée joue un rôle dans tous les aspects de la journée de programmes de la résidente. La journée se termine par une visite au pavillon de spiritualité.

Programme mère-enfant

Le programme mère-enfant a débuté comme projet-pilote en juillet 1996. Dans un premier temps, trois enfants, âgés d’un an à quatre ans, ont vécu deux semaines par mois avec leur mère au pavillon de ressourcement. Les deux autres semaines, les enfants étaient confiés à des familles d’accueil agréées du voisinage immédiat afin qu’ils puissent visiter régulièrement leur mère. Le jour, pendant que les mères suivaient des cours ou des programmes, les enfants fréquentaient la garderie sur place, dont s’occupe un personnel qualifié. La présence des enfants a une incidence très bénéfique sur les résidentes comme sur le personnel ; ils sont une source de grande joie pour tous. Au cours de la deuxième étape qui s’amorce, les enfants vont résider en permanence avec leur mère.

Les résidentes et la collectivité

Les rapports avec les autres sont un aspect fondamental de la réinsertion sociale et culturelle des résidentes. En plus de prendre part aux nombreuses activités organisées sur les lieux, les résidentes ont été autorisées maintes fois à sortir sous escorte pour visiter leur famille, consulter un médecin, assister à des réunions des Alcooliques Anonymes et participer à des activités récréatives ainsi que pour des raisons de compassion, et tout s’est très bien passé. Les résidentes œuvrent également comme bénévoles auprès de personnes âgées de la réserve de Nekaneet. Des danses en rond ont lieu chaque mois, et la première séance de tambour de la Danse du Soleil annuelle se tient à notre pavillon de spiritualité. Il y a eu plusieurs soirées bénéfices sur place, et la journée d’accueil organisée à l’établissement a été un franc succès. Le pavillon de ressourcement a fait l’objet de commentaires très favorables dans les médias, et il en a même été question dans la presse étrangère.

Le pavillon de ressourcement Okimaw Ohci, un modèle innovateur

Le pavillon de ressourcement Okimaw Ohci s’efforce de répondre aux divers besoins de ses résidentes en tenant compte de leur culture. Pour y arriver, le personnel, dont la majorité est d’ailleurs d’origine autochtone, travaille en étroite liaison avec les résidentes. Nous sommes persuadés que, grâce à la bonne volonté des résidentes, du personnel et des Aînées, le concept de guérison donnera de bons résultats et que ce succès ne se démentira pas.