| Femmes en prison | Printemps 2002 |
En avril 2001, la nouvelle commissaire nationale, Mme Lucie McLung, a pris
la décision de confiner toutes les personnes condamnées pour meurtre
au 1er ou au 2e degré à
une détention en sécurité maximum pour au moins les deux
premières années.
LAssociation Canadienne des Sociétés Elizabeth Fry a fait
des représentations auprès du Solliciteur général
pour que cette politique soit abolie.
Une telle décision est déjà difficile à justifier,
compte tenu du fait quelle court-circuite le processus officiel dévaluation
en vue de déterminer le classement sécuritaire.
Elle est proprement odieuse quand elle sapplique aux femmes.
Nous ne pouvons trouver aucune raison valable pour justifier une telle décision.
Ce nest pas parce quune personne est condamnée à une
sentence-vie, quelle est forcément dangereuse ou quune telle
sentence requiert automatiquement un contrôle dans un contexte de sécurité
maximum.
Plus souvent quautrement, les femmes condamnées pour une sentence-vie
le sont à la suite dun meurtre de conjoint, denfant, dun
membre de la famille. Le crime se situe dans un contexte chargé au niveau
de la vie personnelle, de la santé mentale. Il sagit rarement de
violence envers des inconnus et le risque de récidive est faible.
De plus, une détention en sécurité maximum restreint considérablement
le mouvement des femmes, laccès de celles-ci aux programmes et
le processus psychologique dacceptation de la sentence qui est crucial
pour les personnes sentencées à vie.
Si un risque existe, cest celui du suicide qui requiert de lobservation
et du support et non de la détention maximum.
Cette nouvelle politique contrevient à loi sur le service correctionnel
et la libération conditionnelle. Elle constitue un autre recul vers un
processus décisionnel motivé par la pression publique. Alors que
le Service correctionnel du Canada sefforce de démontrer son souci
de lévaluation des besoins et de la recherche dans le développement
de ses programmes et de ses pratiques, il se retrouve contraint de répondre
à la pression publique au détriment de ses orientations.
Pour sa part, la Société Elizabeth Fry du Québec rendra
publique auprès des avocats de la défense son appel à la
contestation judiciaire dans chacun des cas. Il est essentiel que le processus
dévaluation en vue du classement des détenues soit appliqué
à toutes les détenues, quelles quelles soient.